Chaumont mon amour

Et puis, il y a cette affiche. Où quelqu’un imprime son soupir sur un papier pour ensuite le coller sur les murs de la ville. L’essence même de l’affiche. Retour subjectif sur un festival riche en images.
Ô mon amour… je veux que tout le monde l’apprenne. Que tu te multiplies en moi à chaque fois que quelqu’un me regarde. Immobile, je leur parle de toi. Posée à quelques endroits de la ville pendant le célèbre festival de l’affiche, haut lieu du graphisme en France, une affichette, photocopiée en noir sur du papier blanc, se fait remarquer. Et pourtant. Il y en a partout, qui parlent les unes plus fort que les autres. Regarde-moi, arrête-toi, dis-moi que je suis belle, que je suis la plus belle, que je suis celle que tu préfères, que tu n’en as pas vu beaucoup comme moi, que tu aimerais que je sois à toi. Contrairement à d’habitude où les affiches s’impriment par centaines, ici ce sont des centaines d’exemplaires (presque) uniques, dont quelques-unes officiellement en compétition. Un concours où un jury (bien informé) opère une première sélection large pour qu’à la fin il n’en reste qu’une, qui par la justesse de sa beauté et le goût des autres aura droit au grand prix. En ça, ce festival n’est pas différent de beaucoup d’autres. Son originalité (unique en France ?) réside dans le fait de traiter du design graphique et tout particulièrement de l’art de l’affiche. Qu’est-ce que le design graphique ? La question a été proposée cette année (voir l’exemple page 30) comme base de réflexion ouverte à tous, notamment aux étudiants qui s’y sont précipités pour afficher leurs réponses. À la vue du résultat, on peut penser que le festival a su les motiver. Victime de son succès, Chaumont a su provoquer un festival off. Des actions spontanées, des affichages sauvages qui éclaboussent la ville de messages plus ou moins drôles, plus ou moins rusés. M’auras-tu vu ? Auras-tu compris que j’étais à toi ? Que j’étais pour toi ? Une série d’expositions vient étoffer la compétition, et, du pragmatisme de l’avant-garde russe du début du xxe siècle à la liberté new-yorkaise ou hollandaise d’aujourd’hui, de la naïveté des étudiants à l’autodérision fine des graphistes, on est largement rassasié. Dommage que les conférences et une bonne partie des animations soient concentrées sur la première semaine, laissant encore deux semaines d’expositions orphelines de l’esprit festival. Mais ce n’est qu’un détail. Pour tous les autres, Chaumont vaut vraiment le voyage. Après tout, mon amour, je suis le temps du regard, le temps de te parler, avoir été en toi. M’en satisfaire, tu m’auras eu.
João Garcia
D’autres images de la visite à Chaumont sur : www.antichambre.net/chaumont