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Vincent, un ami qui vous veut du bien

Vincent Perrottet est un homme qui s’exerce à l’art graphique. Il fait partie de ceux pour qui l’honnêteté intellectuelle et sa correspondance dans les actes n’ont pas de prix. Dans un monde consumériste et libéral où l’art de leurrer l’autre, mais surtout soi-même, a souvent pour but le profit matériel, un texte comme celui dont nous publions ici des extraits mérite qu’on le diffuse le plus largement possible. Faites donc passer.

« […] De quoi suis-je responsable en tant que graphiste ? […] Dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 1977, Roland Barthes dit, entre autres choses toutes aussi sensées : “[…] Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle pour ma part : littérature.” Ce qui me plaît dans ce texte, c’est que si l’on associe au mot langage le mot graphique et que la langue est aussi le signe, alors je sais exactement ce que j’ai à faire, et cela, moi, je l’appelle de l’art graphique. 

[…] Nous sommes nombreux à avoir appris et à pratiquer toutes les techniques qui permettent d’adresser à l’autre une information, une pensée sous une forme visuelle. Nous sommes trop peu à nous sentir responsables des messages que nous contribuons, par notre art et notre technique, à véhiculer. La plupart d’entre nous se comportent soit comme des techniciens de surfaces visuelles soit comme des graphipatéticiens […] avec, pour justifier la faiblesse de leurs réponses graphiques, la phrase sinistre de l’affamé : “Il faut bien manger !” 
[…]  Je ne crois pas que ce soit le ventre des graphistes qui explique leur attitude de soumission à la commande et les empêche de produire un travail digne de celui qui va le recevoir. […] Je rends responsable l’immense majorité des graphistes qui, par leur servilité et leur lâcheté, participent dans leur travail à l’accroissement des inégalités, de la misère sociale, à la dégradation de l’environnement par la surconsommation de masse et à la résurgence du culte de la personnalité. Je les rends responsables, par la médiocrité des formes et des contenus qu’ils produisent, de la dégradation de l’esprit humain et du respect de soi. 

[…] Alors ceux-là je les invite et les encourage, si cela est encore possible, à retrouver le chemin des marges de leurs cahiers d’écoliers où, enfants, ils rêvaient en dessinant un monde meilleur. […] Je les invite et les encourage à cesser toute activité de création et d’imagination au service d’un sujet ou d’une cause dont ils pensent qu’elle ne cherche qu’à convaincre ou assujettir quelque public que ce soit plutôt qu’à le faire réfléchir. 

[…] Je prends le risque de faire sourire avec condescendance certains d’entre vous, qui ne verront là qu’une simple ritournelle utopique, mais je leur réponds par avance que ce sont ces idées simples qui m’ont permis de travailler et de vivre aussi longtemps normalement et sans compromis, en accord avec celles et ceux qui les ont acceptées comme dénominateur commun de notre relation. »

Vincent Perrottet,
morceaux choisis par João Garcia

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L’intégralité du texte sur : 
http://vincentperrottet.com (tout en bas du site)

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  1. antecamara a publié ce billet